Série: La route du Col des Nuages

« Je vais te raconter un peu mon voyage à Hué. Lorsque j’y suis allé au mois de juin, c’était par chaloupe de Tourane. Mais on peut y aller par voie de terre et comme chacun me disait que cette route est merveilleuse, j’ai voulu la faire à ce voyage et j’en suis très content. On appelle cette route, la route du col des Nuages. On passe en effet un col à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer qui est toujours dans les nuages, même lorsque le ciel est absolument pur. Au pied des montagnes qui forment le col, la mer vient se briser en lames immenses dont l’eau pulvérisée forme un brouillard intense qui monte de la vallée pour aller se perdre de l’autre côté du col. […] Cette route ne se fait pas en voiture ni en charrette mais à dos de coolies (les coolies sont des porteurs annamites). La veille nous réunissons à Tourane les 24 coolies dont nous avons besoin pour nos bagages, nos boys et nous-mêmes ; par 4 coolies au moyen de deux longs morceaux de bois au milieu desquels est suspendue la chaise (quelque chose comme un corbillard porté à dos d’homme). Quant à nos boys, ils sont dans des hamacs pendus à un long morceau de bois, deux hommes suffisent pour chaque boy. […] À 6 heures, nous arrivons à un village : c’est Namo. La première étape est finie, on change de coolies. Nous faisons chauffer du café […] et nous voilà de nouveau en chaises pour l’ascension du col. » (Gabriel Veyre, Lettre, Tourane, 14 février 1900).