Série: Beaulieu - Monaco

« On m’autorise même à faire atteler, au besoin, un fourgon spécial à l’avant de la locomotive. Grâce à un dispositif très simple adapté à ma plate-forme, la caméra, solidement fixée, déborde à l’extérieur du wagon, par la fenêtre ouverte. Je commence par la côte d’Azur. Penché sur le viseur, je vois le rivage défiler en grande vitesse. Dans leurs soudains changements, les décors rapides et pressés sont comme des images coloriées. À peine ai-je le temps d’admirer le site, que Saint-Raphaël fuit sous un ciel éclatant. La locomotive galope, rugit entre les pins et les rochers écarlates du Trayas, traverse l’Estérel. Après d’interminables courbes, elle débouche à Cannes dans le parfum des mimosas ; l’œil se repose sur la mer qui brise sa lame sur la croisette et les îlots de Saint-Marguerite et de Saint-Honorat ; puis, dans le lointain rosé, le cap d’Antibes s’estompe et disparaît. Lorsque, en avant de la locomotive, mon wagon s’engouffre avec fracas dans la gare de Nice, j’ai l’illusion de conduire le train. Sur les quais, les voyageurs me regardent avec curiosité, comme s’ils me soupçonnaient de faire l’expérience d’un nouveau mode de traction. J’abandonne un moment mon installation ferroviaire. […] Le train me reprend. Il serpente dans le fouillis accidenté de la Grande Corniche ; l’objectif plonge sur la rade de Villefranche, captant au passage les masses grises des gros cuirassés, coupés à tout moment par la succession des poteaux télégraphiques ou l’obscurité des tunnels. Echappées sur les maisons blanches qui encerclent Monaco ! La locomotive hurle, souffle, virevolte comme la bille de la roulette de Monte-Carlo. Voici les feux croisés du phare du Cap-Martin. Une barque se balance nonchalante, sur le flot. Le clocher de Menton apparaît. Vintimille est tout proche. Le train se repose, tandis que je traverse la voie en toute hâte, pour regagner Paris. » (Félix Mesguich, Tours de Manivelles, Paris, Grasset, 1933, p. 27-29).

Le Catalogue général des vues positives indique en 1901 que ces trois vues « peuvent être ajoutées l’une à l’autre ». Cette précision, répétée dans le Catalogue de 1905, est la seule indication d’aboutage de vues présente dans un catalogue Lumière.